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L'ANGE
DE L'ART
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L'Ange de
L'Art
extraits
page ouverte le 30 octobre 2000
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LIVRE INTÉGRAL
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J'avais dans mon enfance, ou bien ai-je rêvé?
Un Palais Fantastique et vers lui je m'en vais,
"Ma Villa dans la Pierre", ouvrant sur l'océan,
Montant, le dominant, hardi ! sur ce géant,
Où je venais le soir guetter l'instant magique,
Quand jaillit un signal : ce grand heurt fatidique
Qu'exige l'Eau, le Ciel : l'orage dessus la mer !
Et frissonnant, ravi, j'admirais tout éclair
De Jupiter le Feu contre Marin Neptune,
Tandis que glisse aux cieux, de courbe et d'or, la lune...
(Le Balcon sur la Mer)
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...Je vais, rêveur, le ciel
se givre,
là-haut, un doux portrait géant
Sourit, mais ces cheveux de cuivre,
C'est toi et tes yeux d'océan.
Retournons car elle ouvrira,
Près des fleurs sang dans l'air noir-mauve,
En buste vert, blanche de
bras,
Rose, accoudée, ambrée et fauve...
(Soir d'Orage)
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...En l'escalier
de l'âme, on ne parvient jamais
Au
soi-même idéal, l'être que l'on rêvait,
Espoir et désespoir, tout vient et recommence, On
demeure un enfant. Naïf, inquiet, immense,
Et j'ai à vous conter que
dès que joue Mozart...
(Le Salon Rouge)
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| ...On ne détruisit jamais autant
les Mystères et les Merveilles qu'en ce vingtième siècle, celui où nous
avons vécu. Jamais autant de piédestaux, de têtes auréolées, de merveilleuses
légendes ne furent bafouées davantage, de cette façon soi-disant scientifique,
que par notre modernisme, sous le prétexte méprisable qu'un peuple sans
Dieux peut tout comprendre. Écoutez : témoin des mauvais temps, je suis
venu juger un siècle où la grandeur se vend à vil prix....
(Ce Siècle où nous avons
vécu)
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Enfant, Quel âge
as-tu?
- J'ai l'âge du soleil quand
il y a du soleil,
J'ai l'âge de la pluie quand elle vient parfois,
J'ai l'âge de la mer quand je cours me baigner,
J'avais l'âge de tes lèvres quand je t'ai embrassée.
(L'Age de la mer)
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| ... Alors, tout soudain au
dessus de mon front, au zénith surgissant du loin des Nébuleuses, du fond
des Galactées, Il revient, enfin de lui me revoici hanté ...
(L'Ange de l'Art)
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Je vais vendre aux enchères,
Au plus offrant,
Quatre vieilles affaires,
Je serai franc.
Je bazarde ma Muse,
Qui s'use,
Et mon génie,
A l'agonie ...
(Le Bazar de Génie)
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| ...Mais l'eau tombant sur les
grands marbres fascine, déversant un éclaboussant élixir de pureté, de beauté
et du reste, venez les Océans, accourez Folles écumes, livides, Rageuses
destinées : je vous attends, Éternités. Bien couvert de mon manteau d'harmonie,
de mystères et de ravissement, souriant, je vous méprise, anathèmes célestes
! Mais quand, jamais, parviendrez-vous à éroder un seul coin dansant du
grand reflet turquoise et turquoise de mon château sous la mer, ô Murs,
remparts, Flèche d'orgueil, Refuge éblouissant, vertes Magies mes Voûtes
d'émeraude, vous qui protégez sous vos tranquilles scintillements mon travail
et mes enchantements d'une Féerie redoutable, vous m'accueillez enfin!
(Prévenance)
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Le Jais, l'Onyx,
l'Aigue-marine,
Le Lazuli, le Jade Indou,
Le Corindon, l'Aventurine,
Les quartz rosés et le Porphyre,
Tout ce qu'on voit, ce qu'on admire,
Ne valent un Regard de Vous.
L'Ambre, le Musc, la Sensitive,
Le Seringa, le Jasmin fou,
La Fougère, la Menthe vive,
L'Oranger, le Santal, la myrrhe Tout
ce qu'on
sent, ce qu'on respire,
Ne valent le Parfum de Vous.
Mozart, le cristal, la guitare,
La source et son chant le plus doux,
Un air célèbre à la cithare,
L'écho, l'oiseau, les vents, la lyre,
Tout ce qui bruit, qui nous
inspire,
Ne valent un Je t'aime à Vous...
(La Sensitive)
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| ...Imaginez qu'un poème soit
un rangement de pierres précieuses l'une à l'autre inégales, serties dans
le velours d'un coffret, pures dans leur nuit, et que ce coffret au dôme
repoussé, dépasse aux trois quarts de terre, plus précisément du sable qui
borde une très jolie Mer Méditerranée. Imaginez que la vague vienne battre
inlassablement ce qu'un jour peut-être ancien elle apporta au rivage, et
qu'en se retirant, onde écumante après écume, elle polisse les cailloux
de lumière, les aligne avec plus de charme encore à chacune de ses visites,
repart, revient, les quitte. Que le coffret émerge lentement de l'eau sablonneuse
avec un art de plus en plus éblouissant et qu'enfin, après des mois, des
années, cent siècles de son travail bruyant, la vague abandonne ainsi sous
le soleil de la plage un merveilleux chef-d'œuvre d'une beauté et d'une
consistance inaltérables. j'ai vu un soir comme cela l'œuvre d'art qu'est
un poème. En regardant l'artiste, j'ai vu l'extraordinaire vague marine
...
(Le Coffret aux Diamants)
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... Puis ce charme suraigu
et rapide
Du corps qu'ont nos petits, émouvant et limpide,
Et, au dessus, pour moi, irremplaçables,
Deux yeux algue-et-argent, ses yeux qui me regardent, Profonds, mystérieux,
parfaits et implacables.
Elle avait dix-huit mois.
....
...Tandis que le matin va
naître
Et que l'aube déjà a rosi la fenêtre,
Simplement elle songe, en renaissant pour toi:
"Enfance, ô mon enfance, où t'en es-tu allée
Et pourquoi, cette nuit, t'ai-je vue et rêvée..."
(A Dix-huit mois)
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| ...Il faut qu'avec des mots,
j'élève de toute mon énergie solitaire un édifice nouveau, une sorte de
cathédrale aux sculptures noires dans le ciel bleu, je parvienne à des phrases
qui défieront le temps comme si j'avais des pierres. Il faut qu'avec des
hardes salies, usées puis abandonnées, des milliers de petits sous qui courent
toutes les mains, enfin de simples mots posés, trouvaille après trouvaille
et l'un brodé dans son ravissement mélodique en contre-point d'or avec le
suivant, sur Ce Papier qui me porte et m'attend, je lance soudain la Vie,
par un pouvoir magique, à une Seconde Création, à des objets, à des êtres
aussi solidement sur la terre que vous et moi, dans un univers où les gens
et les choses, ces vivants, ces campagnes, tous ces espoirs, ces pierres,
jouent des millions de rôles, où les jours là-bas sont comme les nôtres,
lents à venir et vite écoulés...
(L'Amour des Cathédrales)
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...N'aie pas peur
de la mort,
car mourir, c'est renaître,
C'est retrouver son ange, et Dieu qui l'inspira,
C'est revivre en légende et c'est, enfin, connaître
Dans le cœur des humains la place qu'on aura.
(Le Retour Fabuleux)
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| ... Enfin, voici un texte tout
entier :
La Neige est Bleue à Interlaken
* * * * *
* * * * * * * *
Ô, Temps aux doigts de nacre,
ô temps
Aux doigts de rose, frissonnant...
Un soir, les lacs étaient de moire,
la rue, argent, violine et
noire,
J'ai dit, songeur, touchant ta main :
- "Il va neiger sur Interlaken."
Nous étions partis à Noël,
En traîneau bleu, vers l'irréel,
Et quand, là-bas, nous arrivâmes,
C'était pur, clair, comme nos âmes.
- "Mais, disaient les gens, c'est certain,
Il va neiger sur Interlaken."
Nous étions fous et beaux
d'amour, Je n'ai pu oublier ce jour,
Ce jour de rire et ta jeunesse
Où, ton rire au passé me blesse,
Tu m'as dit, si belle à la fin :
- "Il va neiger sur Interlaken."
Ville si blanche, lacs si
noirs,
J'ai paru, Magicien d'espoirs,
J'ai dit : - "Devenez Sortilège
! Vous, mes saphirs dessous la neige!"
Puis a bleui ce temps divin :
La neige est bleue à Interlaken.
Il a neigé sur Interlaken,
Nous sous le ciel ... Flocons
sans fin, Tournant,
prismant, flous, soie, ou
même,
Blancs, bleus, par un temps rose extrême. Quand - froid soudain sur cet Eden -
Tout a cessé sur Interlaken.
Autre vie, autre âge, autre
temps,
Autre charme, autre chance, autre instant,
Nous
aurons, l'an prochain, vingt ans.
Tu diras : - "Je me suis fait belle,
Toi, Fleur qu'on appelle Immortelle,
Partons, la rue est bleue ... Demain,
Il va neiger sur Interlaken."
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